Pionnier égyptien du développement durable, Hassan Fathy (1900-1989) a été célébré dans le monde entier de son vivant. Persuadé qu’il fallait offrir au peuple égyptien des maisons bon marché et adaptées au climat, faites dans la technologie traditionnelle de la brique crue (tub il ahdar), il construisit dès la fin des années 1940′ un village situé sur la rive ouest de Louxor, le Nouveau Gourna. Ce village-modèle de terre aux lignes d’une grande modernité ne fut jamais achevé; une vingtaine d’années plus tard Hassan Fathy publia le récit de cette expérience dans un ouvrage qui fit le tour de la planète et fut traduit dans plusieurs langues. Le titre français de cet ouvrage est Construire avec le peuple (1971).
Fathy fait état de la nécessité de revenir aux matériaux traditionnels pour des raisons économiques et climatiques; il explique sa redécouverte de la technologie de la terre crue, décrit comment il implique les Gournis dans le dessin de ce nouveau village selon les usages de leurs tribus et à leurs mesures, comment il leur apprend avec l’aide de maîtres-maçons nubiens la fabrication et la mise en oeuvre des briques séchées au soleil. Parce que « si un homme ne peut pas construire seul une maison, dix hommes ensemble peuvent faire dix maisons ».
Le village devait donner de la dignité à ses habitants. Il devait être le lieu de la résurgence des savoir-faire artisanaux traditionnels, dont la vente pouvait procurer des revenus supplémentaires. Les enfants disposaient d’une grande et belle école. Il y avait même un théâtre pour les représentations de spectacles à but pédagogique et une aire de jeux pour les divertissements folkloriques. Un marché pour les produits artisanaux sur la place centrale et un marché pour les denrées agricoles près de l’entrée principale constituaient les deux pôles économiques du village. Chaque maison était spacieuse, clairement organisée, et propre à héberger le bétail de chacune des familles.
De toutes ces dispositions, si pleines de mérite et si avant-gardistes du point de vue écologique, il ne reste que lambeaux. Certes la mosquée, restaurée, se dresse toujours sur la place centrale, accompagnée, non loin de là, du bâtiment du théâtre, qui a aussi fait l’objet de soins. Le khan des produits artisanaux et les halles du marché aux bestiaux menacent ruine, de même que plusieurs maisons. L’école des garçons, parmi d’autres bâtiments, a été détruite.
Les développements récents de Louxor et le manque de protection de ce patrimoine, aussi fragile qu’emblématique, ont suscité l’émotion de nombreux architectes et scientifiques; une association internationale s’est créée en février 2008 à Genève sous le nom SAVE THE HERITAGE OF HASSAN FATHY (voir http://fathyheritage.over-blog.com). L’adhésion des spécialistes internationaux de l’architecture de terre, le soutien de nombreuses personalités internationales et égyptiennes donnent à espérer que Nouveau Gourna pourra être préservé et restauré pour continuer de témoigner d’une éthique sans faille et d’une pensée architecturale juste.






Les Canaries sont connues plus pour leurs plages et leurs cieux cléments que pour leurs richesses artistiques. Fuerteventura la sauvage et la volcanique, paradis des surfeurs, mérite pourtant qu’on la considère aussi sous l’angle de son patrimoine culturel. Des paysages arides façonnés par la lave et l’érosion, semés de broussailles dans lesquelles paissent les chèvres, les habitants ont pourtant réussi à tirer le meilleur parti. L’arrière-pays est constellé de hameaux, à peine des villages, aux petites maisons blanches encadrées de chaînages sombres. Les propriétés sont entourées de murets de petites pierres volcaniques, qui servent aussi à couper le vent. Antigua, Betancuria, Tefia, Sta Ines … autant des localités historiques, articulées autour d’une église souvent baroque aux naïvetés insulaires d’un pays de bout du monde.

Dès le temps du Grand Tour, la Suisse fut visitée par l’Europe entière. Elle était le passage obligé des Anglais vers le Sud. De Genève ces derniers s’aventuraient en Suisse centrale, aux abords du Lac des Quatre Cantons, admirant aux aurores le lever du soleil depuis le Rigikulm. Caractérisée par ses montagnes sublimes (les espouvantables montagnes de Madame de Sévigné !), cette Suisse fut abondamment représentée dans les paysages d’Alexandre Calame et de son école ; des montagnes faites mythes, éternellement balayées par des vents tempétueux, bâties de mazots et de chalets en rondins, des montagnes hérissées de sapins, certains, au premier plan, le tronc brisé comme des ruines végétales, totalement pathétiques ! C’était là l’image dominante de ces premières cartes postales de la Suisse que furent les vues peintes par des artistes de renom.
