Pionnier égyptien du développement durable: l’architecte Hassan Fathy

500457809.JPGPionnier égyptien du développement durable, Hassan Fathy (1900-1989) a été célébré dans le monde entier de son vivant. Persuadé qu’il fallait offrir au peuple égyptien des maisons bon marché et adaptées au climat, faites dans la technologie traditionnelle de la brique crue (tub il ahdar), il construisit dès la fin des années 1940′ un village situé sur la rive ouest de Louxor, le Nouveau Gourna. Ce village-modèle de terre aux lignes d’une grande modernité ne fut jamais achevé; une vingtaine d’années plus tard Hassan Fathy publia le récit de cette expérience dans un ouvrage qui fit le tour de la planète et fut traduit dans plusieurs langues. Le titre français de cet ouvrage est Construire avec le peuple (1971).

Fathy fait état de la nécessité de revenir aux matériaux traditionnels pour des raisons économiques et climatiques; il explique sa redécouverte de la technologie de la terre crue, décrit comment il implique les Gournis dans le dessin de ce nouveau village selon les usages de leurs tribus et à leurs mesures, comment il leur apprend avec l’aide de maîtres-maçons nubiens la fabrication et la mise en oeuvre des briques séchées au soleil. Parce que « si un homme ne peut pas construire seul une maison, dix hommes ensemble peuvent faire dix maisons ».

Le village devait donner de la dignité à ses habitants. Il devait être le lieu de la résurgence des savoir-faire artisanaux traditionnels, dont la vente pouvait procurer des revenus supplémentaires. Les enfants disposaient d’une grande et belle école. Il y avait même un théâtre pour les représentations de spectacles à but pédagogique et une aire de jeux pour les divertissements folkloriques. Un marché pour les produits artisanaux sur la place centrale et un marché pour les denrées agricoles près de l’entrée principale constituaient les deux pôles économiques du village. Chaque maison était spacieuse, clairement organisée, et propre à héberger le bétail de chacune des familles.

De toutes ces dispositions, si pleines de mérite et si avant-gardistes du point de vue écologique, il ne reste que lambeaux. Certes la mosquée, restaurée, se dresse toujours sur la place centrale, accompagnée, non loin de là, du bâtiment du théâtre, qui a aussi fait l’objet de soins. Le khan des produits artisanaux et les halles du marché aux bestiaux menacent ruine, de même que plusieurs maisons. L’école des garçons, parmi d’autres bâtiments, a été détruite.

Les développements récents de Louxor et le manque de protection de ce patrimoine, aussi fragile qu’emblématique, ont suscité l’émotion de nombreux architectes et scientifiques; une association internationale s’est créée en février 2008 à Genève sous le nom SAVE THE HERITAGE OF HASSAN FATHY (voir http://fathyheritage.over-blog.com). L’adhésion des spécialistes internationaux de l’architecture de terre, le soutien de nombreuses personalités internationales et égyptiennes donnent à espérer que Nouveau Gourna pourra être préservé et restauré pour continuer de témoigner d’une éthique sans faille et d’une pensée architecturale juste.  

Architecture: faut-il classer la cité du Lignon?

1848822440.jpgLe Lignon, cité pour 10.000 habitants, la cité des cités dans la Genève des années 1960′, tout au bout de la ligne du bus 7 de l’époque, si loin de Genève … On y allait en excursion le jeudi après-midi, comme on allait à Meyrin, autre cité nouvelle avec son centre commercial, sa succursale de l’Uniprix de l’époque et sa Migros toute moderne. Un peu d’Amérique avec ses immeubles-barres, ses gratte-ciel s’offrait à nous dans la périphérie de la vieille Genève! La nouvelle ville-dortoir du Lignon souleva l’étonnement puis l’effroi: deux tours inatteignables par les échelles de pompiers, un bâtiment unique zigzaguant sur un peu plus d’un kilomètre de longueur. Le tout bâti dans un site naturel exceptionnel, offensant le regard des habitants de la zone villas située en contrebas.

Une vieille tante expropriée de sa villa de La Chapelle sur Pinchat, à l’emplacement de laquelle se construirait le bâtiment des TPG au Bachet de Pesay, emménagea un beau jour dans la grande tour du Lignon. Toute la famille se transporta  avec curiosité pour visiter les lieux. Contre toute attente l’appartement était bien distribué, la vue grandiose et il y avait une piscine sur le toit … Cet ancrage familial de même qu’une suppléance assurée quelques années plus tard dans le cycle d’orientation du Renard, à proximité immédiate de ladite cité, me procurèrent maintes occasions de revenir au Lignon. 

Je me rappelle encore la visite que nous fîmes au Lignon en compagnie de Maurice Besset, un de nos professeurs d’histoire de l’art. Un architecte, peut-être Addor ou Julliard, nous attendait pour nous faire visiter un appartement-témoin de la barre d’un kilomètre de long et nous expliquer le parti urbanistique et architectural, le projet massé n’occupant qu’à peine 10% du paysage arboré, la préfabrication, les appartements traversants, les façades verre et alu. Puis il conclut en disant que l’amortissement avait été prévu sur 50 ans.  Et je me souviens encore de m’être demandé si cela signifiait que les bâtiments pouvaient ensuite être bons à jeter, à l’ère de la toute nouvelle société de consommation, celle des bas nylon, qui filaient si vite! 

Or, à l’heure du développement durable, chacun sait que les bâtiments ne sont pas des biens de consommation périssables, qu’ils doivent être considérés comme des ressources, qu’avant d’envisager les démolir on doit se poser la question de leur survie et de leur adaptation. Très décrié et accusé injustement de trop de maux par certains, le Lignon fut pourtant considéré par les autorités et une majorité d’usagers comme la juste réponse aux problèmes de logement dans les années ’60. L’ensemble continue de remplir pleinement cette fonction et pour cette seule raison il mérite d’être entretenu avec respect, dans l’esprit de ses concepteurs. Le classement, mesure de protection extrême, inventée au XIXe siècle pour  sauver des monuments, n’est sans doute pas la plus adéquate des mesures pour protéger le plus grand projet résidentiel jamais construit à Genève. Il semble malheureusement que l’arsenal légal en vigueur ne laisse toutefois pas beaucoup d’autre choix!  

 

 

 

 

L’Uni prend l’eau

304226717.jpgVous me permettrez d’ajouter un petit couplet au chapitre de l’entretien des bâtiments publics, d’un bâtiment de l’état en l’occurrence, d’un bâtiment universitaire. L’ancienne Ecole de Chimie, construite à la fin des années 1870 par les architectes Henri Bourrit et Jacques Simmler, le même tandem qui réalisera l’Ecole des Arts industriels, puis décoratifs (actuelle HES Arts visuels) un peu plus tôt. Le bâtiment de l’Ecole de Chimie fut conçu comme un palais dans la tradition de l’architecture fédérale « à la Semper », inaugurée en Suisse avec les bâtiments de l’EPFZ. Le budget de l’époque se monta à près d’un million de francs dont la moitié fut prélevée sur le legs récent du duc de Brunswick.

La mémoire des hauts faits architecturaux est malheureusement courte. Dans les années 1980 la chimie déménagea dans le bâtiment de Sciences II et l’Ecole de Chimie fut abandonnée. On songea même, dans les années 1960, à la démolir sur l’autel de la circulation automobile. Il n’en fut rien: le palais florentin de la chimie genevoise se maintint. Derrière sa belle façade en molasse verte à bossage et refends, exhibant savamment des réminiscences renaissantes, l’édifice demeura quelque temps vide. Jusqu’à ce qu’on décidât d’y loger plusieurs départements de la Faculté des Lettres (au nombre desquels le département d’histoire de l’art et de musicologie), qui s’y trouvent toujours aujourd’hui. 

Depuis nombre d’années on se sert donc de l’auguste édifice comme d' »une commode dont on changerait les tiroirs », ce que m’avait expliqué jadis un responsable du service des bâtiments universitaires. Cette métaphore du bâtiment-commode, si elle satisfait au confort mental d’un gestionnaire, fait peu de cas du patrimoine architectural. Au titre de commode, l’Ecole de Chimie s’est donc vue transformée sans plan d’ensemble, au coup par coup. Une partie de l’imprimerie de l’Université a été installée au rez-de-chaussée inférieur, jouxtant bruyamment les salles de cours et les bureaux des enseignants-chercheurs! Le petit amphithéâtre qui faisait pendant au grand amphithéâtre (toujours opérationnel mais qui attend impatiemment l’ébéniste qui viendra redonner un peu de jeunesse aux vieux bancs), a été remplacé par une salle de séminaire, devenue dépôt de livres et perdue pour les enseignements qui manquent pourtant d’espaces. Des murs porteurs ont été percés provoquant fissurations et nécessitant renforcements. Les peintures de faux marbres, qui ornaient les vestibules et le grand escalier, ont été badigeonnées de blanc … et les beaux sols de terrazzo sont réparés par des pièces en bitume … Un projet est désormais à l’étude!

Dans l’intervalle les usagers, parents pauvres de l’Université, s’accomodent des lieux! Et dans ces locaux l’Uni prend l’eau, au sens propre du terme! Une fois encore, hier, l’entreprise Guimet a été convoquée d’urgence pour une inondation des couloirs du rez-de-chaussée inférieur, ceux qui mènent à la bibliothèque de l’Unité d’histoire de l’art. Les canalisations obstruées d’une courette ont entraîné de nauséabonds débordements transformant le couloir en un canal qu’il fallait passer à gué. A ce genre d’inconvénient n’importe quel concierge ou service de conciergerie, n’importe quel contrat d’entretien du bâtiment pourraient facilement remédier, en attendant que se réalise un jour, que l’on espère prochain, le Grand Projet de remise en état de l’intérieur du bâtiment.1485977918.jpg1364278487.jpg

 

 

RECENSER/CONSERVER/TRANSFORMER LE PATRIMOINE

Patrimoine avril 08.pdf

 

Mercredi 9 avril 2008 19h00 – 21h

Auditorium Arditi Place du Cirque

Conférence sur le Patrimoine industriel et ses nouveaux usages

Public et gratuit

Organisé par la Direction du patrimoine et des sites

« La notion de patrimoine industriel dépasse le cadre de la seule approche architecturale pour intégrer les dimensions techniques, sociales et économiques des activités de production. Achevé récemment, le recensement du patrimoine industriel du canton de Genève, qui peut être consulté sur internet, constitue non seulement un outil d’évaluation, mais également un instrument de connaissances.
Quelle contribution cette base de données peut-elle apporter aux nouveaux usages du patrimoine ? Quelle portée économique et
culturelle peut-on lui attribuer ? Comment les récentes interventions architecturales s’inscrivent-elles dans cette problématique ?
Cette manifestation est organisée par le Département des constructions et des technologies de l’information ( DCTI ) et la Fédération des associations d’architectes et d’ingénieurs de Genève ( FAI ) avec le soutien de la Fédération des entreprises romandes Genève, la Fédération genevoise des métiers du bâtiment, la Fondation pour les terrains industriels de Genève, Patrimoine suisse Genève et l’Union industrielle genevoise.

Introduction

Allocution
M. Mark Muller, Conseiller d’État en charge du Département des constructions et des technologies de l’information ( DCTI )

Conférence
Le recensement du patrimoine industriel et ses enjeux
Bénédict Frommel, historien, Direction du patrimoine et des sites ( DCTI ), Pascal Tanari, architecte

Présentation de réalisations architecturales par leurs auteurs

Surélévation et transformation de l’ancienne usine Bosch pour Médecins sans Frontières par Jean-Pierre Golinelli, architecte / Thomas Büchi, ingénieur bois

Transformation de l’ancienne usine de la SIP à Plainpalais par Devanthéry & Lamunière, architectes

Transformation de l’ancienne usine Tavaro et transformation d’une ancienne usine à la rue de la Muse par Ris & Chabloz, architectes

Débat

Apéritif de clôture

www. geneve.ch/patrimoine »
 

Sauver Nouveau Gourna

1547416355.jpgUne Association internationale, Save the Heritage of Hassan Fathy, s’est récemment constituée à Genève pour tenter de sauvegarder le village de Nouveau Gourna, sur la rive ouest de Louxor en Egypte. Bien que Hassan Fathy, l’auteur de cette réalisation, soit l’architecte égyptien contemporain le mieux connu au monde, plusieurs de ses réalisations sont actuellement en grand danger. C’est le cas du village de nouveau Gourna, réalisé au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, négligé depuis et soumis aux bouleversements considérables récemment entrepris à Louxor.

Ce village de Nouveau Gourna a été pour Hassan Fathy l’occasion de développer en Egypte une expérience totalement à contre-courant dans le contexte de l’avènement du Mouvement moderne occidental. Fermement opposé aux technologies lourdes, coûteuses et inadaptées au climat saharien, Fathy a préconisé pour la construction de ce village le retour à la technologie traditionnelle de la brique de terre crue. Cette expérience, controversée pour diverses raisons en Egypte dès le moment de sa mise en oeuvre, a cependant été connue et saluée dans le monde entier.

L’ouvrage de Hassan Fathy qui relate l’histoire de cette entreprise, Construire avec le peuple (1971 en français), a été publié dans plusieurs langues et continue d’avoir une portée considérable dans les pays émergents et auprès des partisans d’une architecture du développement durable. Or, ce faisant, le village de Nouveau Gourna n’est bientôt plus que l’ombre de lui-même. Des bâtiments ont disparus, certains ont été remplacés par des constructions à ossature béton, ceux qui subsistent sont fissurés et menacent ruine à l’exception du théâtre, de la mosquée et d’une ou deux maisons privées.

La communauté internationale s’insurge contre cette situation et les principaux laboratoires internationaux de l’architecture de terre ont déjà rejoint l’Association Save the Heritage of Hassan Fathy.  L’UNESCO, Docomomo sont alertés de même que plusieurs personnalités égyptiennes. Nous avons besoin de votre soutien aussi pour sauver Nouveau Gourna et les autres réalisations de grand intérêt de Hassan Fathy, personnalité majeure de l’architecture contemporaine par son oeuvre bâti et la justesse de sa pensée.

Vous trouverez des informations supplémentaires à l’adresse de notre blog:

http://fathyheritage.over-blog.com/

et nous vous remercions d’avance de votre adhésion à notre association.

Un projet digne du prix Prizker

L’architecte français Jean Nouvel, pressenti pour la transformation du Musée d’Art et d’Histoire de Genève, vient de remporter le prix Nobel de l’architecture, le prix Prizker. Créateur au génie indéniable, l’architecte restera à la postérité pour ses grands projets que sont les immeubles Nemausus de Nîmes, l’Institut du Monde arabe et le Musée du quai Branly à Paris, le KKL de Lucerne, le tour Agbar à Barcelone, le Louvre à Abu Dhabi.

2038813473.jpg Mais qui citera au nombre de ses chefs d’oeuvre l’Opéra de Lyon? La transformation menée dans ce cas, outre qu’elle priva le bâtiment ancien de sa substance d’origine et qu’elle dérangea son organisation statique, n’arrache généralement pas au spectateur des cris d’extase. A l’intérieur la pratique des passerelles de caillebotis noires sur fond noir inspire le vertige aux spectateurs des galeries supérieures et les limites de la carcasse Beaux-arts imposent leur étroitesse au nouvel espace surélevé. De dehors la nuit la voûte illuminée signale au loin la présence du bâtiment transformé et lui confère son surnom de grille-pain. Là réside peut-être désormais la principale qualité de l’Opéra de Lyon!

Pourquoi donc s’obstiner à confier à Nouvel la tâche, somme toute ingrate, de remanier un bâtiment Beaux-Arts, dont plusieurs observateurs avertis vantent les mérites intrinsèques? Confiner le démiurge dans l’espace d’une cour intérieure dont il débordera de toutes parts ne satisfera pas plus aux exigences de la sauvegarde qu’à celles de la création. Nouvel, désormais nobelisé de l’architecture, mérite mieux qu’un patio pour exprimer son talent à Genève. Trouvons-lui un terrain où il puisse donner libre cours à son génie et laissons par là-même au bâtiment de Camoletti une chance de survie paisible. 

Note de Fuerteventura

73034624.jpgLes Canaries sont connues plus pour leurs plages et leurs cieux cléments que pour leurs richesses artistiques. Fuerteventura la sauvage et la volcanique, paradis des surfeurs, mérite pourtant qu’on la considère aussi sous l’angle de son patrimoine culturel. Des paysages arides façonnés par la lave et l’érosion, semés de broussailles dans lesquelles paissent les chèvres, les habitants ont pourtant réussi à tirer le meilleur parti. L’arrière-pays est constellé de hameaux, à peine des villages, aux petites maisons blanches encadrées de chaînages sombres. Les propriétés sont entourées de murets de petites pierres volcaniques, qui servent aussi à couper le vent. Antigua, Betancuria, Tefia, Sta Ines … autant des localités historiques, articulées autour d’une église souvent baroque aux naïvetés insulaires d’un pays de bout du monde.

 

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La cathédrale Santa Maria de Betancuria (localité fondée par le Normand Jean de Béthencourt au XVe siècle), reconstruite dans le courant du XVIIe siècle, a des dehors un peu patauds d’église « romane »; un clocher, chaîné de pierres rousses, la jouxte et domine l’entier du village. Le vaisseau comporte trois nefs couvertes de solides charpentes en bois sombre. Le maître autel daté entre 1684 et 1718, entièrement sculpté dans le bois dur, occupe tout le mur de chevet. Sa polychromie et ses dorures enchâssent des peintures de facture naïve et presque inattendues en un lieu si reculé. On attribue l’ouvrage à un maître nommé Francisco Hernandez. 

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Les implantations traditionnelles du centre de l’île contrastent infiniment avec les urbanisations maritimes qui criblent certaines parties des côtes. Là les projets se juxtaposent et se contredisent, sans concertation apparente, dans un esprit de surenchère qui nuit à la beauté des paysages. A Jandia où, dès les années 1960, se développa le tourisme des charters, les anciens équipements, pourtant encore en activité, ont été pris en étau par de nouveaux complexes. L’élégante Casa Atlantica, qui porte difficilement sa quarantaine d’années à cause de ses bétons carbonatés, s’est vue assiégée par un centre commercial dernier cri où l’on trouve, entre les cosmétiques Douglas et les boutiques des marques internationales Diesel and co, la pizzeria-ceveza für deutschen Kunden et un Mac Donald!

Quand bien même l’île comporte de grandes réserves naturelles protégées et le plus grand parc national de l’Espagne, il est à craindre que les appétits des promoteurs ne viennent à bout du paysage naturel et culturel de Fuerteventura. 

 

Bientôt les Alpes, banlieue de Shangaï?

 

Dès le temps du Grand Tour, la Suisse fut visitée par l’Europe entière. Elle était le passage obligé des Anglais vers le Sud. De Genève ces derniers s’aventuraient en Suisse centrale, aux abords du Lac des Quatre Cantons, admirant aux aurores le lever du soleil depuis le Rigikulm. Caractérisée par ses montagnes sublimes (les espouvantables montagnes de Madame de Sévigné !), cette Suisse fut abondamment représentée dans les paysages d’Alexandre Calame et de son école ; des montagnes faites mythes, éternellement balayées par des vents tempétueux, bâties de mazots et de chalets en rondins, des montagnes hérissées de sapins, certains, au premier plan, le tronc brisé comme des ruines végétales, totalement pathétiques ! C’était là l’image dominante de ces premières cartes postales de la Suisse que furent les vues peintes par des artistes de renom.

 

Les développements touristiques du tournant du XXe siècle virent naître un mouvement immobilier sans précédent ! Les palaces prirent les Alpes d’assaut et celui du Rigikulm, construit par Eugène Davinet, profana le sommet mythique ! Une conscience du patrimoine et de la beauté paysagère des sites helvétiques prit alors forme sous la plume de Marguerite Burnat-Provins, de Georges de Montenach, de Guillaume Fatio, une majorité d’intellectuels romands, pour défendre les singulières Beautés de la Patrie. Ainsi naquit en 1907 le Heimatschutz, récemment rebaptisé Patrimoine suisse, et ses sections cantonales. Avant que de défendre l’architecture helvétique, il fut bien davantage question de défendre les paysages suisses dans leurs spécificités naturelles contre l’industrialisation hôtelière galopante et l’ « enferrement des Alpes ». La plus grande victoire du Heimatschutz dans ce domaine fut certainement la tardive démolition en 1953 de l’hôtel du Rigikulm au son des toupins et des chants de liesse.

 

Or, peu d’années après l’adoption par l’UNESCO d’une charte sur la diversité culturelle (2001) pour contrer les phénomènes de mondialisation dans le domaine de la culture aussi, que nous propose le grison Köbi Gantenbein dans l’exposition intitulée Die Neuerfindung der Alpen ? De grands projets d’architecture à l’assaut des sites de la haute montagne helvétique ? Afin de bannir belliqueusement cette image de carte postale qui fait toujours la Suisse, et qui, chaque jour, sans qu’on le veuille vraiment, ou surtout faute de l’entretenir et de la cultiver, s’estompe un peu plus. Une image pas vieillie du tout et qu’il faudrait redorer, à l’heure de la priorité donnée à la diversité culturelle, quoi qu’en pensent les promoteurs autant que les offices du tourisme, trop sensibles au tout économique.

 

Qu’on se le dise ! Le redécouverte des Alpes passe certainement davantage par la continuité de sages et respectueux processus, à savoir la protection de ce qui peut encore être protégé : des paysages incomparables, une architecture vernaculaire et des villages uniques au monde ! Savoir jouer délicatement avec ces joyaux d’un paysage culturel exceptionnel demeure une gageure digne d’être relevée par les meilleurs architectes de Suisse et de la planète. Sans quoi les Alpes ne seront bientôt plus que la banlieue de Shangaï!

Portes Ouvertes Unité Histoire de l’art

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L’Unité d’histoire de l’art du Département d’histoire de l’art et de musicologie de la Faculté des Lettres de l’Université de Genève (ouf! que c’est long!)

a le plaisir de vous inviter à une séance de Portes Ouvertes

qui se tiendra le mercredi 2 avril 2008 de 16h00 à 19h00

avec verrée à l’issue dans le

 

Bâtiment des Philosophes (soit ancienne Ecole de Chimie)

Auditoire historique Phil 1 1er étage

 

 

Des professionnels de l’histoire de l’art, issus de l’Université de Genève, se joindront à cette manifestation ouverte aux COLLEGIENS, aux ETUDIANTS DE BACHELOR et de MASTER, ainsi qu’aux anciens de la maison!

Entretien et maintenance: « quand deux ou trois Curés se sont succédés »

Jean-Pierre Guillebaud (1805-1888) fut un architecte important de la Genève du XIXe siècle. Auteur de nombreux temples et églises, il fut notamment architecte de la Société économique en charge de l’entretien de bâtiments scolaires et de culte. A ce titre il fut amené à réparer, voire restaurer un certain nombre d’édifices. Les considérations générales qu’il formula à l’occasion de l’intervention qu’il fut amené à faire sur l’église du Grand-Saconnex à la fin des années 1830 sont riches d’enseignement!
« Une église est une propriété publique; la commune paie 1/3 de la dépense pour sa construction et paye l’entretien parce qu’elle en fait particulièrement l’usage. L’église n’est donc point donnée à la commune, mais lui est confiée pour son usage par le Gouvernement ou Administration spéciale à ce commis, doivent veiller à ce que le Monument, cette propriété publique, soit respectée par tout le monde, par la Commune et son Conseil et par le Curé; et à ce qu’elle soit bien entretenue.
J’ai remarqué, au contraire, avec un vif regret, que les monuments, une fois terminés ou réparés, étaient entièrement aux Communes et Curés, qui, par leur manque de goût, par négligence et leur ignorance, les dénaturent, les laissent même aliéner ou travaillent pour ainsi dire à leur préparer une ruine prématuré […] Il est évident que quand deux, trois Curés se sont succédés dans une église et y ont fait leur fantaisie, assistés d’un Conseil de fabrique et d’un Conseil de Commune, on obtiendra toujours des résultats semblables à ceux que j’ai l’honneur de vous décrire et signaler […]
Le seul moyen d’y remédier est: Quand il se fait un monument, d’en dresser l’état des lieux très précis et détaillé. De faire faire régulièrement une ou deux visites par année pour constater l’état intact de conservation et d’entretien, et en livrant les monuments aux Communes et autres Administrations, leur faire faire la reconnaissance détaillée du tout et défendre d’y faire aucun changement, nouvelle oeuvre ou décoration non mobile, sans une autorisation spéciale de la Chambre des Travaux publics. »

Munis aujourd’hui de nos instances de contrôle que sont la Direction du Patrimoine et sa Commission des Monuments et des Sites ou les associations de protection du patrimoine, sommes-nous pour autant sortis des problèmes d’entretien des bâtiments publics et du phénomène de toute-puissance de certains usagers? Les chutes de corniche ici et l’incurie qui frise l’indécence là apportent toujours de l’eau au moulin de Jean-Pierre Guillebaud!